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  SWEET RAWS SUITE ETCETERA  Bruno Angelini, Sébastien Texier & Ramon

·

2010

Abalone Productions AB001

 

Bruno Angelini
(p)

Sébastien Texier
(as, b cl, cl)

Ramón López
(d)

 

 

1

 

«Sweet Raws Song» (7:27)

2

 

«Sweet Raws And Mr Wars Are In A Boat» (7:36)

3

 

«Wars» (3:37)

4

 

«Faded Raws» (6:37)

5

 

«He Has A Dream», Angélini & López (2:16)

6

 

«Neo Capitalism: Happy Tomorrows For Raws?» (2:55)

7

 

«Opulence And Starvation» (3:55)

8

 

«Resist Raws! Resist» (4:58)

9

 

«Sweet Raws Song Final» (6:46)

 

 

photos: Mozaic Jazz

 

L’histoire du jazz et des musiques improvisées a toujours été en phase avec les mouvements liés aux revendications sociales et politiques, notamment celles des Africains-Américains. De grands artistes ont conçu et utilisé leur œuvre pour défendre leurs opinions ; on pense notamment aux membres de l’AACM, à Archie Shepp, Max Roach, Charlie Haden et son Liberation Music Orchestra ou encore à l’écrivain Amiri Baraka. L’exercice est pourtant périlleux, qui comporte le risque de tomber dans le dogmatisme, l’excès de narration, voire l’absence de construction artistique au profit du discours politique. D’ailleurs, aujourd’hui encore de nombreux créateurs répugnent à traduire une forme ou une autre d’engagement dans leur art - à croire qu’ils ne souhaitent pas confondre création et politique.

Pourtant, plus que jamais les espaces d’expression devraient dénoncer les dérives inquiétantes ou promouvoir des idées insuffisamment défendues. C’est ce que fait aujourd’hui Bruno Angelini avec Sweet Raws Suite Etcetera. Un titre qui renvoie à son illustre aîné Max Roach et au légendaire We Insist ! Freedom Now Suite, avec notamment Abbey Lincoln, Coleman Hawkins ou Booker Little. Pour cette aventure [1], le pianiste a fait appel à deux compagnons de route [2] : Sébastien Texier et Ramon Lopez. Le premier perpétue ainsi l’infaillible engagement de son père Henri [3] et la discographie du batteur espagnol comporte des disques très engagés [4].

Cet album retrace la vie d’un personnage imaginaire, Raws (anagramme de « Wars » – « guerres » en anglais) dont on suit le parcours au fil de neuf morceaux composés par Angelini. [5] Le trio nous invite à un voyage allant de la Seconde Guerre mondiale aux premières années de ce XXIè siècle naissant, voyage au cours duquel Raws s’engagera pour défendre ses idéaux, entre moments de bonheur et de désenchantement face à l’évolution du monde.

Tout commence par une chanson (« Sweet Raws Song ») qui fleure bon l’avant-guerre : même lyrisme à fleur de peau nimbé d’inconscience joyeuse. Puis viennent les tumultueuses prémices de la Seconde Guerre mondiale dans une vieille Europe qui a du mal à sortir de sa torpeur et c’est « Sweet Raws And Mister Wars Are In A Boat », avec son décalage entre un saxophone belliqueux et un piano naïvement serein, presque désinvolte. Puis, enfin, la guerre elle-même qui, inéluctable, embrasera le continent et bientôt la planète : « Wars » l’évoque par les fulgurances d’un free jazz aux allures de troupes en marche sous les bombardements (grandiose Ramon Lopez). Après le chaos naît la prise de conscience des horreurs dont l’être humain est capable ; Raws est affligé, perdu dans ce monde qui ne sera plus jamais le même (« Faded Raws », tout en magnifique mélancolie).

Les décennies suivantes s’enchaînent entre volonté de changer la société (« He Has A Dream », en écho au discours de Martin Luther King) et les nouvelles dérives - économiques cette fois - illustrées par « Neo-Capitalism : Happy Tomorrows For Raws ? » puis « Opulence And Starvation ». En trois pièces, le trio transcrit superbement l’emballement de la société de consommation – l’introduction d’« Opulence And Starvation » est, à ce titre, un exemple de musique figurative. L’auditeur passe d’une société où tout semble possible car le pire est derrière elle, et où le progrès est susceptible tout changer, à un système qui offre l’abondance mais voit apparaître de nouvelles formes d’esclavage.

Si ce disque est réussi, c’est que les membres du trio ont su « jouer » ces faits historiques sans se montrer trop illustratifs. Le talent dont ils font preuve ici pour manier l’improvisation, associer leurs lignes personnelles comme autant de pensées nourrissant un discours, et pour enchaîner free tumultueux et rythmes marqués, est exceptionnel. Voir les trois morceaux centraux, qui évoquent bien les tiraillements intérieurs du personnage et la question du choix des idéaux à travers les tensions et échanges entre musiciens. Cette complexité des voix fait toute la crédibilité du propos et donne vie à Raws en exprimant ses conflits loin de tout manichéisme. « Resist, Raws ! Resist ! » vient en forme d’aboutissement logique, puisque la résistance est survie dans un monde où l’incertitude est la seule certitude. Tout se terminera également en chansons, mais elle semble bien loin, la « Sweet Raws Song » inaugurale…

Angelini fait ici œuvre de musicien citoyen ouvert au monde, dont la musique est au service de la conscience politique. Son disque-manifeste emploie l’improvisation comme arme de dénonciation massive, avec pour munitions la beauté des phrases, des rythmes et des timbres. Ça grouille, ça vibre, c’est beau et empreint d’enthousiasme. Bref, ça vit. Cette « biographie » prouve magistralement que la musique peut véhiculer des idées, surtout aux mains d’aussi grands musiciens : de part et d’autre, la subtilité du jeu, la vaste palette de couleurs et l’écoute réciproque, omniprésente, en font une œuvre majeure.

JULIEN GROS-BURDET / CITIZEN JAZZ.com
[1] Concrétisée grâce au soutien de la ville de Sevran, qui a accueilli le trio pour une résidence et le concert dont est issu le disque.

[2] Cf. Bruno Angelini/Ramon Lopez/Joe Fonda, New York Sessions [Sans bruit] ; Silent Cascade [Konnex], et bien sûr le quartet « Résistance poétique » de Christophe Marguet.

[3] On se souvient par exemple d’Alerte à l’eau ou de Holy Lola, auxquels il participait déjà.

[4] Cf. Ramon Lopez quartet, Songs of the Civil Spanish War [Leo Records] ; le récent Valencia du Ramon Lopez « Freedom Now Sextet », etc.

[5] Lopez co-signe « He Has A Dream ».

Pour moi, aucun doute possible, voilà bien le meilleur disque « indigène » de l’année. Tout au moins, de tous ceux que j’ai entendus, c’est celui qui m’a le plus « transporté ».

Au figuré comme au propre car je l’ai écouté pour la première fois en voiture en revenant du concert de Wayne Shorter à Marseille, à fond les manettes ! Et il m’a procuré la même émotion enthousiaste.

Bruno Angelini est le prototype du pianiste moderne, ouvert sur le monde. Tellement ouvert sur le monde qu’il décrit dans cet album concept ( en anglais concept album ! ) l’évolution de Raws, un personnage imaginaire qui va dériver implacablement de l’engagement citoyen pendant et après la seconde guerre mondiale jusqu’à la soumission à la loi du marché.


Profit, rentabilité, qui entraînent inégalités, exclusion, migration, pauvreté. J’ajouterai au propos de Bruno Angelini que chaque fois qu’un cataclysme s’abat sur la planète, c’est toujours sur les godasses des déshérités. Raw signifie brut, pur. On ne finira pas très loin de Jaws, le requin.

On s’attend donc évidemment à une musique qui va traduire une profonde indignation au sujet du non-partage des richesses mondiales.

Une musique engagée dont la forme est assez proche de celle du Wayne Shorter actuel, c’est à dire improvisation collective libre avec le couple tension/détente, paroxysme/acalmie. De ce registre, John Coltrane était passé maître.

Le paroxysme salutaire va se produire dès le milieu du deuxième titre, Sweet Raws and Mr Wars are in a boat et va se continuer avec le troisième, Wars, trois minutes trente sept de folie succédant à un excellent thème. Jamais je n’avais entendu Sébastien Texier se libérer à ce point. Le saxophone alto est à ce fils « prodige » ce que le soprano est à Shorter, c’est par lui qu’ arrive la transe paroxystique.

À l’inverse, il peut être dans cette douceur qu’a Wayne quand il n’utilise pas toute la colonne d’air de son ténor. Le premier titre du disque, lent, en est l’exemple parfait. Un très beau son pur proche de celui d’Ornette Coleman dans son Lonely woman, des notes à la limite de la fêlure, d’une grande puissance émotionnelle par leur fragilité. À la clarinette, Sébastien possède le plus beau son qui soit. On se demande même s’il sort d’une clarinette. Je n’ai rien entendu d’aussi captivant depuis Lester Young et sa clarinette en métal ou depuis le Sidney Bechet de Blues in thirds. Chacune de ses interventions est un bonheur absolu, en particulier dans la quiétude de la fin du titre d’ouverture et dans l’apaisement de la conclusion du dernier, Sweet Raws song final.

Je connaissais Ramon Lopez pour l’avoir maintes fois apprécié dans le trio de Joachim Kühn, un de mes pianistes favoris. Ce type est un extraterrestre. Pas à proprement parler un batteur, il est une pulsation multi-directionnelle dont explosivité est le maître mot, à côté d’une richesse foisonnante et d’une folie communicative. Sa batterie gronde, menace, on pense à Gustav Mahler dans Sweet Raws and Mr Wars. Elle tempête, elle foudroie, elle déclenche littéralement le tonnerre dans Sweet Raws song.

Quant à Bruno Angelini, il est non seulement le PIANISTE par excellence, mais aussi le MUSICIEN et le COMPOSITEUR que l’on attend de quelqu’un qui se hisse vers les sommets.

Son jeu se situe dans la partie médium, médium/grave de l’instrument, jamais dans les aigus tape-à- l’oreille. Il possède un son magnifique, probablement hérité de ses études classiques. Ses notes sont bien détachées, dans un discours bien articulé. DansOpulence and starvation, il se fait sombre et ses ponctuations de main gauche évoquent à mes oreilles un autre de mes favoris, Claude Debussy. Rien que ça ! Ses soli sont une merveille, en particulier ceux de Sweet Raws song et de Faded Raws. Côté compositions, écoutez seulement ce dernier titre.

Je l’avais déjà apprécié dans le très beau et très étrange Colors, en compagnie du chanteur/poète Gérard Lesne. Association à la Bernie Taupin/Elton John. Un disque qui a dû se vendre comme des housses à cathédrale tant nous sommes dans une brillante démocratie artistique, où Gala remplace Boris Vian et Secret Story Jim Jarmusch. Cela me rappelle une anecdote : du temps où j’officiais comme directeur des variétés internationales et du jazz chez CBS, nous avions tous les mercredis après déjeuner un comité d’écoute où chaque directeur artistique présentait les nouveautés qu’il souhaitait mettre sur le marché français. Réunion où il y avait plus de cigares que de joints... Quand le premier Weather Report est arrivé, je leur ai joué Orange lady et le responsable de la promo TV a malicieusement demandé « Comment ça se danse ? ». Et moi de répondre « Comme Debussy, pareil ». Rien à voir avec le disque de Bruno Angelini, me direz-vous. Oh, que si.

Quand j’ai écouté l’album Sweet Raws suite pour la première fois, je n’avais pas connaissance de l’argument, j’ai juste ressenti un grand choc émotionnel. Il est donc évident que par la qualité des compositions et de la musique, ce disque tient debout tout seul. Comme tient tout seul sans le film le Sait-on jamais de John Lewis.

Je vous l’ai dit, mon disque de l’année, avec Way of life de Céline Bonacina.

MICHEL DELORME / CULTURE JAZZ.net
 

Bruno Angélini a suivi un parcours traditionnel : étude du piano classique au conservatoire ; découverte du jazz à l’adolescence (You Must Believe In Spring de Bill Evans) dans la classe du trompettiste Guy Longnon ; apprentissage des joies de l’improvisation au CIM avec Samy Abenaïm (co-fondateur avecBernard Maury en 1996 de la Bill Evans Piano Academy) ; collection de prix dans les concours (La Défense, Vannes…) et tournées par monts et par vaux. 2003 marque le début d’une longue coopération entre Angélini et Philippe Ghielmetti : le pianiste enregistre Empreintes, son premier disque en leader (avec Ricardo Del Fra et Ichiro Onoe) pour Sketch. L’année suivante il participe à un spectacle du chanteur baroqueGérard Lesne et y rencontre Ramón López avec qui il sort Silent Cascades(Joe Fonda tient la basse). 2006 est l’année de l’album solo Never Alone, enregistré pour la série « Standard Visit », créée par Ghielmetti chez Minium. Fidèle à ses amitiés musiciennes Angélini joue et enregistre avecChristophe Marguet (Itrane, Buscando la luz), López et Fonda (New York City Sessions), Giovanni Falzone…
Début 2010 la ville de Sevran propose une résidence à Angélini qui réunit un trio de choix avec l’inévitable López et Sébastien Texier aux clarinettes et au saxophone alto. Le trio enregistre en concert une suite écrite par le pianiste : Sweet Raws Suite etcetera. Le disque, dont la maquette a été conçue par Ghielmetti, sort sur Abalone . Ce jeune label, créé en 2007 par le violoniste Régis Huby, a constitué en peu de temps un catalogue solide en matière de jazz moderne et partisan, avec notamment le Quartet Résistance Poétique de Marguet, Claudia Solal, Sound Of Choice et… Angélini.
La Sweet Raws Suite Etcetera n’est pas anodine : « ce projet est né d’une profonde indignation au sujet du « non-partage » des richesses mondiales, de plus en plus insupportable à mes yeux ». Plutôt qu’une suite au sens classique du terme, Sweet Raws évoque davantage la bande-son d’un film. D’ailleurs Angélini explique que les morceaux décrivent la vie de Raws (anacyclique de war, la guerre en anglais). Raws est un personnage qui, après avoir fait la deuxième guerre mondiale, participe à la reconstruction avec plein d’utopies. Mais ses illusions humanistes s’effondrent devant la logique capitaliste, le profit, les inégalités, la mondialisation etc. Dans un dernier sursaut Raws lance un appel à la résistance… Les titres des morceaux sont évocateurs comme « Sweet Raws And Mr Wars In A Boat », « Neo Capitalism: Happy Tomorrows For Raws? » ou encore « Opulence And Starvation ». Jusqu’au « etcetera » dans le nom de l’album qui rappelle le manifeste d’un autre insoumis : Serge Gainsbourg et son « Aux armes et cætera » (1979).
La suite dure trois quarts d’heure et se compose d’une ouverture (« Sweet Raws Song »), de sept tableaux et d’un final (qui reprend le thème de Sweet Raws). Chaque mouvement a sa propre ambiance en fonction de son objet : la chanson de Sweet Raws est plutôt mélancolique, l’évocation de la guerre démarre par une marche avant de partir dans un développement foisonnant, le rêve de Sweet Raws est mystérieux, le néo-capitalisme est évoqué sur un ton proche de celui de la Panthère Rose, l’opulence et la famine se traduisent par un mouvement majestueux et emphatique…
Les interactions entre les musiciens relèvent du trio de musique contemporaine : indépendance des voix (« Sweet Raws Song »), lignes musicales sophistiquées (« Resist Raws! Resist »), jeux expressionnistes (« Wars »), exposition tourmentée des mélodies (« Opulence And Starvation »), contrepoints (« Resist Raws! Resist »)… Mais les trois musiciens gardent aussi constamment un sens aigu de ce balancement si spécifique au jazz.
Le drumming dense et musical de López, le phrasé élégant et irréprochable de Texier et la créativité recherchée d’Angélini s’accordent à merveille : Sweet Raws Suite Etcetera est une œuvre intelligemment construite et admirablement interprétée, dans laquelle passages débridés et mélodies soignées se complètent harmonieusement.

BOB HATTEAU / JAZZ A BABORD


Décidément Bruno Angelini est un de ces pianistes rares qui forcent l’attention, et un compositeur sensible. Sa musique laisse des traces indélébiles : avec cette histoire imaginée, Sweet Raws Suite, Etcetera, c’est une autre écriture qui s’impose, tournée vers le réel, engagée au meilleur sens du terme : cela veut dire qu’elle sonne juste, avec puissance et lyrisme, sans pathos, mais avec ce sens de la réalité qui est aussi un prolongement du jazz d’aujourd’hui. Avec une construction dramatique et une tension qui ne retombe guère, l’argument, simple et fort, pourrait ne pas être connu, la musique l’emporterait assurément par la conviction, le frémissement, l’indignation* qui la parcourt . Mais donnons-le tout de même : il s‘agit de l’histoire de Raws, personnage imaginaire, qui après avoir combattu lors de la seconde guerre mondiale, a participé à la reconstruction de la société, avant de se retrouver balloté dans la tourmente économique actuelle, entre ultralibéralisme et exclusion, « opulence and starvation ». Un propos nécessaire donc, sous-tendu par une musique qui réveille et déclenche une réaction immédiate, passionnée.
Emouvant, nous l’avons dit et le fait que Bruno Angelini ait fait ses classes dans la Bill Evans Academy, avant d’en être aujourd’hui un des enseignants, n’est pas pour nous déplaire…S’il a su s’éloigner de cette lourde hérédité, il avoue lui même que c’est « l’interplay » qui le fascine chez le pianiste américain.
Ses généreux complices forment un trio fraternel. Quand ils improvisent, leur jeu a l’éclat et la fluidité du chant, la vérité et la vitalité du cri. Une mélancolie sourde traverse l’album, dans l’ouverture et le final de cette suite, chant éploré et saisissant de Sébastien Texier, au saxophone. Ce thème pourrait accompagner le film d’une vie, car les traits musicaux dessinent les contours, composent le portrait de Raws. Nous parions volontiers que ce motif désespéré, qui va crescendo, restera dans nos mémoires.
Mais résonne aussi dans tout l’album, un air de liberté teinté de romantisme, avec des sursauts de révolte que la musique illustre parfaitement. Dans « Wars », le rythme s’emballe soudain, une folie meurtrière gagne, les sens sont exacerbés. Plus percussionniste que batteur dans son « drumming » ambivalent, Ramon Lopez joue à l’envie des timbres et rythmes qu’il alterne, superpose, distribue !
La triangulaire classique piano-saxophone alto/clarinettes- batterie impose trois voix qui s’écoutent et se répondent en des interventions nerveuses, longues et exaltantes, avec des commentaires riches qui entretiennent et relancent l’intrigue ( « Neo capitalism : happy tomorrows for Raws ?»)
Une musique sombre et pourtant lumineuse, qui arrive à se renouveller tout au long de l’album, ménageant l’alternance de climats, d’une douce violence à une rage plus inquiétante. D’évidence, voilà un trio de musiciens formidables qui envoûtent tout en incitant à la résistance. On marche à fond ! Alors, procurez-vous vite ce « live à Sevran » et allez écouter Sweet Raws Suite… s’il passe près de chez vous !

SOPHIE CHAMBON / LES DERNIERES NOUVELLES DU JAZZ.com



¿Existe una música del momento presente? ¿Creadores capaces de percibir la realidad de su entorno y explicarla en sonidos? E incluso, ¿músicos que procuren incidir en ella mediante la música? Las dos primeras preguntas seguramente requieren la perspectiva histórica del momento presente para poder concluir si existe esa música y sus creadores. Son muchos los ejemplos de músicas que hoy representan para nosotros un momento histórico y sus diferentes estilos y creadores las diferentes perspectivas de la realidad pretérita. Pero al tercero de los interrogantes se le puede dar ya respuesta en las propias palabras del autor de este disco. Dice el pianista Bruno Angelini que este proyecto nació de la indignación ante la falta de reparto de la riqueza mundial, cada vez más insoportable a mis ojos. Este sentimiento hizo que creara nuevo repertorio con el fin de intercambiar y demostrar esta indignación con otros. Además, en una entrevista previa a la grabación del disco (registrado en concierto), añade: una música que traduce una idea política, la idea de que hay que resistir frente a este sistema capitalista completamente desequilibrado. No hay duda, el proyecto de Angelini surge inspirado por lo que le ha tocado vivir, trata de construir a partir de lo vivido y reflexionado y compartirlo mediante una idea política convertida en música. Claro que uno se pregunta: ¿es posible transmitir esa idea a través de una música puramente instrumental?
La falta de la letra de una canción - que fuera más o menos explícita - la sustituye aquí un programa de mano que se reparte en las actuaciones del trío y que, de igual manera, propone el disco con los títulos de las composiciones. En ese programa (y en los títulos) seguimos los pasos de un personaje de ficción, Raws (anagrama de guerras - Wars – en inglés), desde los albores de la Segunda Guerra Mundial hasta nuestros días. De la defensa de los valores de libertad, la reconstrucción y la implicación en una sociedad justa y libre, pasando por los cantos de sirena del capitalismo y sus promesas de futuro, hasta una arenga final que le pide a Raws (debe de tener ya una edad considerable este hombre) que resista. Resist Raws! Resist!, titulan. Así una grabación que en su escucha sin información podría pasar por un buen trabajo de música próxima al Free Jazz en algunos momentos y de un emocionante lirismo melódico y etéreo en otros se convierte de pronto en música programática. Hay un contenido explicitado que trata de guiar al oyente por el entramado sonoro. ¿Viable sin explicación? Seguramente sólo (¿sólo?) como música pura pero, por si quedan dudas al respecto, la apuesta de los tres músicos por una música así ya es viable como actitud ideológica ante la vida. No requiere explicación que sonidos como los que emanan de este trío no pertenecen a una actitud conformista, además de que Angelini, autor de las composiciones (He has a dream lleva también la firma de Ramón López) ha tenido a bien concebirla como una música grupal en la que incluso su piano calla en muchos momentos a beneficio de Texier y López. No hay jefe y asalariados en Sweet Raws Suite Etcetera, hay un equilibrado ejercicio de responsabilidad compartida.
Un tipo de música programática ejemplar (no confundir con modélica) es la música cinematográfica o televisiva. Música que acompaña desarrollos narrativos, que subraya emociones de todo tipo. Las hay más sutiles que otras pero abundan en las producciones más populares (¿a su vez las más capitalistas?) los excesos melosos (en romance) o vertiginosos (en acción violenta). Y sí, la música que en este disco se refiere a la guerra o al capitalismo (Wars, Neo Capitalism: Happy tomorrows for Raws?...) es la que opta por una sonoridad más áspera mientras que la que habla del desencanto de Raws (Faded Raws) o de su bonhomía (Sweet Raws song) se abre a sonidos más melódicos y contenidos, siempre abiertos en todo caso. Pero si una virtud tiene este trabajo, además del notable equilibrio entre composición e improvisación (estructura e implicación personal), es que la descripción musical de conceptos ideológicos o de situaciones y emociones no llega a extremos paródicos sino que hay siempre matices contrastantes. Lo bello no lo es desde una perspectiva puramente formal así como lo desagradable, lo violento, no deja de exhibir belleza. La opulencia (Opulence) no se manifiesta desde la exuberancia musical; al contrario, el piano de Angelini reitera una línea melódica muy intimista sobre la que trabaja con pequeñas variaciones y desarrollos mientras por debajo Ramón López mantiene un pulso abierto, inquieto pero contenido, fundamentalmente con las escobillas. El hambre (Starvation) llega, en todo caso, por inanición del tema que termina desvaneciéndose. Hay sensación de inquietud en los casi cuatro minutos de este tema, no gloria y descenso a los infiernos. Evita la caricatura de los extremos y la música expresa la incertidumbre en la que se basa el sistema capitalista. Incluso cuando el capitalismo llega con la promesa de Happy tomorrows para Raws la música lejos de la pirotecnia de las promesas se sustenta sobre un ritmo insistente y percusivo del piano y la batería al que se suma el saxo alto de Texier que, conforme avanza la música, termina por construir un solo que delira sobre la estructura rítmica. ¿Acaso no son delirantes las promesas del sistema?
Vuelvo a las preguntas iniciales y concluyo, sin esperar al juicio de la historia, que la música deSweet Raws Suite Etcetera consigue, desde sus postulados estéticos, comprender bien el momento de incertidumbre presente, de crisis permanente que aquí cabalga sobre una música que prescinde de la base sólida del contrabajo y prefiere caminar por superficies mucho más flexibles e inestables, abiertas a la aportación sin más atadura que algunas consideraciones melódicas y atmosféricas (la forma, donde está prefijada, no oprime). Si el resultado final de este concierto (disco) no dependiera de unas premisas ideológicas concretas ni de un programa de mano estaríamos ante música tan excitante como inquietante, tan cálida como punzante. Música con muchos registros de la mano de tres músicos que prescinden de protagonismos para crear conjunto y en la que Texier demuestra un sentido melódico tan acentuado como el de su padre (el gran contrabajista Henri Texier), López fascina una vez más con las múltiples sonoridades de la batería (¡qué bien escucha entre líneas la música el alicantino! ¡¡cómo golpea – y con qué sentido - donde menos espera la ortodoxia!!) y Angelini da muestra de un compromiso social que es igualmente musical. Su piano entra y sale, nutre y se nutre, habla para el grupo y se dedica a colocar las tablas y el decorado del escenario sobre el que actúan Texier y López. ¿Cambia algo su música la realidad de su entorno? Obviamente no a grandes rasgos, seguramente tampoco en el entorno más próximo, pero nunca está de más que todavía haya quien proponga desde la música la purga de nuestras propias miserias. Que además de oír nos incite a escuchar y, de paso, pensar.

CARLOS PEREZ CRUZ / EL CLUB DE JAZZ.com 2010